Call me groupie !

Ce soir, je suis allée assister à une conférence de monsieur Pascal Quignard, aux Bozar de Bruxelles. Fierté de m’être sortie après une longue journée passée en pyjama toute seule ! Il était grand temps que je découvre un peu ma ville, après une année passée dans mes tranchées personnelles.

Donc, ce cher Pascal ! Honnêtement, je n’avais rien lu de lui. Honte sur moi mais tout ce que je connaissais de son œuvre est l’adaptation en film de son roman « tous les matins du monde » que j’avais regardé d’un œil un dimanche après-midi de mes 16 ans. J’avais demandé à mon père de me passer un film « distrayant », je me suis rendue compte que ce terme était trèèèès subjectif. Magnifiques image, musique superbe, mais à 16 ans, le côté distrayant était assez, disons, euh….
Je me trouve donc là, au milieu de plein de gens très sérieux qui eux doivent savoir qui est Pascal Quignard. Mais je sais pourquoi je suis là, moi aussi, la conférence porte sur le Désir…
J’ai préparé mon plus beau bloc note, un stylo qui marche, je me suis pas mise au premier rang mais pas trop loin non plus. Il faut savoir que je regrette un peu de ne pas avoir connu la vie d’étudiante en université, et presque d’étudiante tout court, en fait… Aux beaux-arts, les cours d’amphis tenaient pour la plupart plus du débat politico-conceptualo-quelque chose que j’ai jamais saisi, et étaient donnés par des nostalgiques du temps des pavés au regard méprisant. Donc là, c’est un bonheur immense de retrouver mon écriture patte de mouche abrégée du temps des cours magistraux.

Pendant que je suis toute à mon émoustillation, Pascal Quignard regarde la salle de ses yeux bleus ciel, visage calme et imposant, une espèce d’aigle, voix grave et posée.
Pour commencer il lit un texte sur Boutès, celui qui, à l’instar d’Ulysse qui s’attache au mat, décide de sauter dans la Mer rejoindre les sirènes.
émotion, émotion.
« la musique ressent et ne représente pas par son nom, mais par la battue de son cœur . un appel plus ancien que celui de la voix, des noms»
« durant un concert, assis nous refusons les danses, nous n’essuyons pas nos larmes et avons les doigts crispés sur nos cuisses »
« la danse : le désir de se lever, de se jeter à l’eau. Aller vers l’imprudence et le danger qui s’offre »

Pascal aime moins la langue et les mots que les images rêvées qui les précèdent.
Il nous raconte un vieux mythe romain : une jeune femme passe sa dernière nuit auprès de son amant qui partira le lendemain à la guerre. Elle dessine sur le mur avec du charbon l’ombre que projette le buste de l’homme sur le mur. Il meurt à la guerre, et le dessin est transformé en bas-relief.
Elle voyait déjà absent celui qui était là, le tue à l’avance, préfère l’ombre à celui qu’elle aime.
Echo écho écho.

Pascal dit plein de belles phrases, je capte ce que je peux.
Il termine par :
Les dessins pariétaux dans les grottes
Ne commencent que lorsque l’obscurité est complète
Lorsque le monde a disparu, qu’il faut
Se le refigurer
Refigurer les morts, les fauves
Qu’on se sent coupable d’avoir tué.

Je lis dans le métro Medea que j’ai acheté et fait signer
Comme une ado j’ai du bredouiller,
Mais il savait ce que c’était, l’agudeza
Il me dit « humm… c’est l’acuité, c’est ça ? » avec un sourire.
Médée médite à midi dans mon métro de nuit
Et son histoire m’enrobe d’un tas
De réalités diffusent.

Publicités

4 commentaires to “Call me groupie !”

  1. Comme dirait Eric, « c’est très élégant » ! de douces couleurs et des textes toujours mieux maîtrisés.
    Je ne connaissais pas l’agudeza mais je l’ai enfin mémorisée (je féminise même si c’est UN mot).
    Medea ? son dernier roman ? me plaira, selon toi ?

    • c’est un mini-essai en fait. très très court. Par contre tout le monde me dit le plus grand bien de Villa Amalia, celui qui a été adapté au ciné avec Huppert…
      Et merci! j’ai essayé de faire un peu plus structuré en tous cas. Et j’essaye d’écrire pour de vrai, aussi, parfois. Genre des phrases construites et tout…

  2. Ai-je vraiment dit « distrayant »? Si tu le dis.. Mais j’ai des doutes tout de même. Maintenant, si tu as des bouffées de nostalgie scolaire, je peux recommencer les cours magistraux qui suscitaient un sommeil immédiat des Arts Appliqués en Terminale.

    • Oui oui le dialogue c’était : « Papaaaa je m’ennuiiiiie…. t’as pas un film pour moiiii….? genre un truc chouette, quoi…? DISTRAYANT…. »
      « Oh oui, tiens, ma fille adorée, va donc te DISTRAIRE avec un film super gai où les persos parlent à un rythme de un mot/heure!!! »
      et oui, envoie-moi des cours chiants sur le féminisme, ceux-là je les lis! Ou bien une synthèse de la politique des 10 dernières années aussi, j’ai un brin de retard!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :