il est des premières fois

il n’est pas de hasards, il est des rendez-vous, chantait Etienne
il n’est que des premières fois, à ma connaissance
première fois 25 ans
première fois seule dans un appartement depuis 5 ans
première fois seule dans un appartement à 25 ans
première fois que des vagues de reconnaissance m’assaillent
première fois que je sais quand il faut quitter une soirée, ou quelqu’un
première fois que j’y parviens, aussi.
première fois que je me dis « quoi? tout ça, et pour rien?! pour personne? »
je sais, je sais que les sombres nuits mènent aux claires et je sais qu’il est tapi dans l’ombre
Mais, tout de même, nous ne sommes que là où nous sommes, et en en profitant
Letti le dit tous les jours.
Mais tout de même c’est quand déja?

Première fois que la misère me touche d’aussi près: un homme qui demande de l’argent dans la rue, au milieu de sa phrase prémâchée il pleure. Certains voudront tâcher ce qui est vrai et beau même si triste, ils diront qu’ils ne sont pas convaincus, que c’est du cinéma. Non, et quand bien même je m’en fiche, d’autre pleurent pour de vrai plus loin. Il pleure, donc. Larmes grosses comme le pouce, il n’arrive même plus à parler. Il pleure sur mon épaule parce qu’un peu de sous, ok, mais de la chaleur bordel. J’ai l’impression d’être une éponge, j’espère même, et je repart en me traînant de sa peine qui pèse sur mon épaule, encore. La peine pèse encore durant quelque temps.

Dans une pub contre la faim dans le monde un homme allume sa télé et voit un enfant qui a faim, ce dernier le suit dans sa voiture, au bureau, durant sa journée de travail mais devient de plus en plus transparent jusqu’à être oublié. Mon homme qui pleure aussi je l’oublie. Je ne pleure plus comme tout à l’heure. Tant mieux, mais merde quand même.

C’est la proximité, c’est tout
on sait tout, on sait que la faim, on sait que la peine qui pèse, on sait que la violence
mais on la prend rarement dans ses bras.

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4 commentaires to “il est des premières fois”

  1. et heureusement que tu l’oublies !
    La publicité dont tu parles m’évoque une nouvelle (dont je ne retrouve plus l’auteur) où le narrateur, à l’intérieur de son appartement, observe un moustique de l’autre côté de la vitre. Il gèle dehors; il voit ce moustique qui souffre et il souffre avec lui. Et la magie de la littérature fait que tu partages la souffrance de l’insecte et l’angoisse croissante puis insupportable de l’observateur qui, lui, ne la supporte plus à un moment et met fin à ses jours en sautant par la fenêtre.
    Ce n’est pas simple de trouver le juste équilibre entre ce que l’on doit aux autres et ce que l’on se doit à soi-même

    • oui! c’est pour ça que j’évite d’inviter tous les sans abris à manger chez moi, hein. Mais bon, il ne fait pas bon d’être un moustique par ce temps!

  2. Pouvoir évoquer ce cliché (mais un cliché qui touche, qui fait mal et qui devrait ne plus être depuis longtemps), sans tomber dans le condescendant ou la morale, c’est très rare. C’est bon de te lire. Ça me donne envie de faire des rencontres qui sortent un peu de l’ordinaire, à moi aussi.

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