Conférence de Nancy Huston, 2

Nancy-Huston-

Cette conférence, deuxième de ma Huston journée, s’intitulait

Eloge de l’identité faible et fluctuante. 

Un voyage qu’elle nous a préparer en plusieurs étapes, qu’elle a déja proposé notamment à Ghaza et Tel Aviv, il devait y en avoir des choses à dire.

Alors, quelles sont les facettes d’une personne qui peuvent la rendre fière? Le sexe, la famille, la couleur de peau, la religion, la langue… Nancy Huston vient du Canada, c’est pour le coup une identité faible et fluctuante, il est quasi impossible d’en tirer orgueil. Elle n’est pas ce qu’on peut appeler cowgirl. Elle est une fille. Et alors? C’est juste ainsi. Est-elle fière d’être mère? Non, c’est horripilant les mères fières, comme un second machisme. « Nous les femmes », ok pour ce qui est de l’ordre du militantisme, mais ce n’est pas une fierté. Elle n’est pas, au risque d’en décevoir certains, la petite cousine de John Huston, et elle n’a pas une fierté familiale terrible, sachant qu’elle serait peut-être la descendante par sa grand-mère d’un certain Duc Howard, mais ce dernier était connu pour tuer ses femmes. Bof, donc. Si elle avait été indienne, elle aurait été contrainte d’être fière de sa couleur, et aurait eu à parcourir un long chemin pour se débarrasser enfin de cette fierté. Mais elle est née blanche, et est heureuse de ne pas avoir à en être fière. Elle est chrétienne, et durant son enfance elle a reçu une grande dose de religion, dans ce qu’elle peut avoir de bon. Mais elle est soulagée de ne plus avoir à prier et croire. Cela dit, sa famille a une religion plurielle: présbythérienne, unitarienne, catholique, anglicane. Elle reçoit donc deux baptêmes, car le choix était de couper les poires en deux.

Elle est donc canadienne, une identité récente et pâle. Donc elle peut être fière et coupable de tout. Tout la concerne en ce bas monde. Une responsabilité planétaire, comme disait Romain Gary. Elle vit 18 déménagements durant ses neuf premières années, ce qu’elle considère comme étant une initiation à la vie d’écrivain: elle était contrainte de s’adapter aux nouvelles classes, nouveaux camarades, se mettre à la place de. Quand elle a 6 ans, elle part vivre en allemagne avec sa belle-mère, et c’est pour elle l’anéantissement de la langue anglaise, elle se découvre et se préfère étrangère.

Elle aime hésiter, chercher ses mots, et souhaiterai que tout le monde parle avec un accent. Une humilité salutaire. Elle est mère dans une langue étrangère, et dans ses colères elle jure en anglais, perd les acquisitions les plus récentes. Ses enfants rient d’elle, et cela la ravit, il n’y a rien de pire que les mères qui se prennent au sérieux.

Elle a peur du « nous », donc. Le « nous » est fier, dangereux. Lorsqu’elle mène cette conférence à Ghaza, les intellectuels locaux sont consternés et lui demandent « Peut-être est-ce parce que vous êtes femme? » Au Moyen-Orient, il y a une fierté obligatoire, une surdose d’identité, une peur exacerbée par l’ignorance entretenue par les médias, l’école etc…

Nancy Huston nous parle des ravages de la fierté identitaire. Elle entend un jour quelqu’un dire à des enfants qu’ils ont de la chance d’apprendre une aussi belle langue que le français. Mais ne sont-elles pas toutes belles? Et il s’agirait plutôt de dire des choses intelligentes. En français, elle ne loue pas le français, elle loue l’anglais en français et réciproquement. Son mari est bulgare, ils ont fait une croix sur l’avant, et chérissent la distance. Ses enfants ont donc entendu des berceuses bulgares en buvant du sirop d’érable. Ils sont des enfants de l’arrachement volontaire. Mais elle n’en est toujours pas fière, pour elle la distance est une liberté, pour les jeunes d’immigrés c’est un drame. Ils n’ont rien reçu, donc mettent a feu tout ce qui représente cette culture à laquelle ils n’ont pas accès. Des enfants ni-ni, ni ceci, ne cela. Quel danger. 

Nancy Huston évoque donc la différence entre la fierté et la fidélité. Nous provenons d’une histoire et d’une enfance, on peut innover bien sur, mais tout en s’appuyant sur des acquis. On invente, sans abolir, on lègue à ses enfants, une avancée sur ce fleuve qu’est l’humanité sans trahir sa source. Le soi tout seul est une illusion, on apprend un héritage, mais libre à soi de savoir si l’on veut y rester fidèle. Est-il possible de transmettre sans fierté?  Les cultures doivent entendre les autres cultures, mais les repousser pour ne pas disparaitre. La sclérose contre la dissolution en quelque sortes? Il ne serait pas souhaitable non plus que l’humanité devienne un grand melting-pot avec trop d’ingrédients. L’être humain générique n’existe pas.

L’idéal peut-être: une base identitaire forte, mais qui reconnait son côté arbitraire. Introduire du recul face à notre conscience. 

Elle fait donc l’éloge de la littérature, qui permet ce recul. La littérature favorise l’identification à l’autre et non l’identité. Si on lit l’histoire d’un SDF, on de demande qu’elle est son histoire, ses particularités, et on s’éloigne de la peur qu’il procure dans la rue. Un bon récit donne la possibilité de voir les fiertés des autres et met la sienne en perspective. Un « nous » à l’écoute, pas tous ensemble, mais face à face. Lorsque Madame de Stael participe aux soirées cocktails en Allemagne, elle ne sait plus intervenir, car l’usage parisien est d’interrompre les interlocuteurs, alors qu’en allemand le verbe arrive à la fin de la phrase.

Donc, être ouvert aux influences, et y résister. Merci Levi Strauss, et merci Nancy. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :