et les femmes toujours…

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je suis dans le métro, je porte un short sur des collants noirs, des bottes plates et une veste army avec une grosse capuche. Je suis assise et je lis Putain, de Nelly Arcan. Prostituée, suicidée à 35 ans et des poussières. En fait je dis un âge au hasard, mais et quoi? est-ce qu’à un moment on est suffisement vieux pour que le suicide puisse être banalisé?

Quoiqu’il en soit, je lis Nelly, et je passe mon temps à corner les pages, souligner, émarger…Je n’en suis qu’à une quarantaine de pages et mon coeur s’est serré déja une vingtaine de fois. Sur la couverture, une main dans une culotte, photo noir et blanc et en rose pétant, ce seul mot: Putain. Les éditeurs de Point ont bien fait leur boulot, non? De la dentelle, du joli, du rose violent et…? de l’autosatisfaction? 

Quoiqu’il en soit moi je suis dans le métro, j’ai déja vu des regards de différentes sortes sur mes cuisses depuis la dernière demi-heure, que ce soit l’homme envieux, l’homme insultant, la femme choquée, la femme jalouse, l’homme dont le regard le trahit mais qui ne veut surtout pas m’enbarasser, l’adolescente qui se dit que je suis habillée comme un sac… J’ai vu des regards intrigués sur mon livre, des regards réprobateurs en ce qui nous concernent, mon livre, mes cuisses et moi.

Mais là, je lis Putain de Nelly Arcan et est assise en face de moi une jeune femme voilée. Je lis

 » il faudrait que je tombe en bas de ma chaise, en bas de mon lit, il faudrait que s’ouvre le sol pour que je puisse dévaler infiniment vers les profondeurs de la Terre, encore plus loin, descendre ainsi en laissant derrière moi mes bras, mes jambes, ma tête, toutes ces parties dont l’enchevêtrement me noue comme femme, et ne subsisterait à la fin qu’un coeur de princesse libéré de ses langes, petit bout du royaume poursuivant sa trajectoire dans l’espoir de déboucher sur un ciel ignoré des hommes »

Nelly Arcan a également écrit un roman « Burqa de chair », je n’en dirais pas plus.

Alors quand je vois cette jeune femme voilée devant moi, qui regarde mon livre, qui lit en douce la quatrième de couverture, qui regarde mes jambes, et que je lis Nelly Arcan en même temps, il me vient l’envie de les prendre toutes deux dans mes bras, et qu’elles aussi me bercent, bercent ces bleus que me font leur regard à tous et toutes.

J’aurai trop à dire, et ça ne serait pas très construit, ici et maintenant. Lisez Nelly Arcan, et plutôt que de vouloir par la force arrachez les voiles de celles-ci demandez-vous aussi quel est le notre?

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2 commentaires to “et les femmes toujours…”

  1. Touchée…
    J’aime beaucoup.

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